Archive pour janvier 2011

Schizophrénie sportive

Lundi 3 janvier 2011

Je vous souhaite bonne année à tous, avec du retard kivabien comme d’hab’ !

Pour attaquer cette nouvelle année, un petit billet d’humeur.

Depuis que je suis une fiotte, pratiquant du nouveau sport de m’as-tu-vu à la mode, j’ai remarqué que cette activité est atteinte de schizophrénie, au moins par 2 aspects.

1/ Le kite, c’est un sport de jeune

C’est complètement faux. La moyenne d’âge des pratiquants tourne autour de la quarantaine. Qu’on ne s’y trompe pas, je ne dis pas qu’on est vieux à 40 ans; juste qu’à 40 ans, on n’est plus jeune.

Premier fait :Beaucoup de pratiquants sont issus de la planche à voile, de gens qui ont commencé les sports de glisse dans les années 80, et ont décidé de basculer vers le kite dans les années 2000. On fait le compte, hum, 20 + 20 = 40.

Deuxième fait: le kite coute un bras. On fait le calcul: 1000 € l’aile complète neuve, il en faut au moins deux, et au moins 1 planche à 500 €, plus l’équipement résiduel à 300€ (combi, harnais, …) 2800 €, auquel il faut rajouter une voiture et les trajets. Ca coute aussi cher qu’un abonnement de golf, location de voiturette électrique comprise (les sacs à vomi sont sur le siège devant vous).

Pourquoi je raconte tout ça ?  Parce que la presse généraliste et spécialisée nous présente une image différente: le petit jeune rebelle cheveux au vent qui envoie du freestyle, l’éternel jeune trentenaire, … lies, lies, lies. Le kite, c’est plus: cheveux gris, 4×4 ou camping-car à 50.000 €, et navigation pépère. Vous connaissez beaucoup de jeunes travailleurs capables de se payer de l’équipement à 3000€ tous les ans et des cours à 150€ la 1/2 journée ? Et pourtant, la fabrique à image continue de fonctionner:le kite véhicule une image de sport de jeune (toutes les vidéos de promos sont là pour le prouver), bien loin de la réalité.

2/ La sécurité, pas pour moi.

Des accidents, encore et encore, et même chez les pros (Vincent Tiger en 2009 à Leucate au Mondial du Vent : pas de casque, pas de gilet).

D’un côté: des écoles qui luttent pour enseigner la sécurité, parce qu’un accident fait mal au sport, et parce qu’on ne peut pas naviguer tranquillement sans avoir un(e) inconscient(e) qui crashe son aile sur le sable à 1 m de soi dans le dos. De l’autre, des marques et des fédérations qui montrent des compétitions et des vidéos sans équipements de sécurité. Sur les spots, 2 sujets de discussion: le vent, et la sécurité; tout le monde a son anecdote à raconter.

Pourtant, les marques et les magasins continuent d’un côté de mettre en avant des produits dangereux dans des publicités ou des jeunes (cf 1/) “envoient le pâté” à 2 m du bord et 15 m de haut, et de l’autre côté de proposer un rayon de sécurité et d’encourager le port du casque et de gilet pour une pratique “safe”.

Sur ce 2nd point, il est possible que l’arrivée massive des femmes dans le sport change la donne:  la plupart viennent chercher une pratique “à la Nicolas Hulot”, plutôt que de faire parler l’adrénaline.

Pour le 1er point, j’ai plus l’impression que la machine marketing continue à maintenir l’image du sport. C’est plus sexy de vendre des ailes en faisant croire qu’on est encore un gamin de 20 ans, que de faire des packs “aile + planche + prostate”. Dans la même veine à méditer, le port du short par dessus la combinaison intégrale (lu sur un forum : “waaa ca taquine ça, le short par dessus la combi tu porteras, le style tu connaitras”): a quoi ca peut bien servir, sinon à inciter à acheter un boardshort en même temps qu’une combi ?